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Conditions de réussite et résultats d'une étude de bonnes pratiques 2/2022

Comment les lieux de formation pourraient mieux coopérer

Une coopération réussie entre les lieux de formation est considérée comme un prérequis essentiel pour une qualité élevée de la formation. Elle change toutefois dans le cadre de la transformation numérique. Le projet « Modèles d’avenir pour la collaboration entre les lieux de formation » soutenu par le SEFRI a examiné les potentiels de la numérisation avancée (Data Analytics et intelligence artificielle (IA)) pour la coopération entre les lieux de formation. Dans une première phase, on a déterminé les facteurs de succès et bonnes pratiques pour une coopération réussie entre les lieux de formation. Les principaux résultats sont esquissés dans cet article.

Sabine Seufert

Prof. Sabine Seufert, directrice de l’institut de gestion et de technologies de la formation (IBB) à l’Université de St-Gall.

Situation initiale : la coopération entre les lieux de formation dans la formation professionnelle

Quelles (nouvelles) possibilités émergent dans le contexte de la transformation numérique pour renforcer la coopération entre les lieux de formation, et notamment pour tirer profit des potentiels de la numérisation avancée (intelligence artificielle) ?

Contrairement aux formations purent scolaires, les formations combinées à l’école et en entreprise proposent aux apprentis et apprenties des aperçus intensifs du monde du travail. Elles permettent d’acquérir des compétences demandées sur le marché de l’emploi. Une bonne coopération entre les lieux de formation (CLF) – donc entre l’entreprise, l’école et les cours interentreprises – est ici considérée comme un prérequis pour une qualité élevée de la formation (Aprea, Sappa & Tenberg, 2020).

La coopération entre les trois lieux de formation est une tâche permanente et exigeante, et son amélioration un « sujet de discussion continuel ». Ce challenge augmente dans le cadre de la transformation numérique, notamment par suite de la poussée de numérisation durant la pandémie du Covid-19. Si l’on ne trouvait par le passé que peu de bonnes pratiques d’une CLF fonctionnant bien, on trouve désormais davantage d’exemples.

Étude « Modèles d’avenir pour la collaboration entre les lieux de formation »

L’objectif du projet « Modèles d’avenir pour la collaboration entre les lieux de formation » soutenu par le SEFRI consiste à examiner les implications de la transformation numérique pour la coopération entre les lieux de formation et à développer sur cette base des modèles de CLF. Il met notamment l’accent sur les potentiels de la numérisation avancée (en particulier l’intelligence artificielle), dont il s’agit de tirer profit pour les processus de formation. La question générale sur laquelle se penche le projet est la suivante : quelles (nouvelles) possibilités émergent dans le contexte de la transformation numérique pour renforcer la coopération entre les lieux de formation, et notamment pour tirer profit des potentiels de la numérisation avancée (intelligence artificielle) ?

Le projet est subdivisé en quatre phases :

  • Conditions pour la réussite d’une coopération entre les lieux de formation (jalon 1 : bilan pour une coopération réussie entre les lieux de formation, en ligne)
  • Recueil de bonnes pratiques pour l’organisation de la CLF (jalon 2 : étude des bonnes pratiques, en ligne)
  • Développement de modèles d’avenir pour la CLF avec recours à l’intelligence artificielle (AI)
  • Phase de consolidation : recommandations d’action pour des modèles d’avenir de CLF

Le projet s’appuie par ailleurs sur les constats du rapport thématique « Formation professionnelle 2030 » – Flexibilisation de la formation professionnelle dans le contexte de la numérisation (2018), qui peut également être consulté sur le site du projet (en ligne).

L’arrière-plan théorique est le courant de recherche « School-Workplace Connectivity » qui décrit les processus multidimensionnels et à plusieurs niveaux d’une CLF réussie, dans lesquels les aspects pédagogiques et institutionnels de l’apprentissage professionnel sont liés (Aprea, Sappa & Tenberg, 2020). Le résultat de la première phase du projet est un cadre structurel pour une coopération réussie entre les lieux de formation (voir jalon 1 en ligne), qui différencie les niveaux macro, méso et micro :

  • Le niveau macro se concentre avant tout sur l’agencement de la politique du marché du travail et de la formation professionnelle. La connectivité concerne une intégration systématique dans le système éducatif et le marché de l’emploi. Par ailleurs, les conditions-cadres nécessaires pour un développement plus personnalisé des compétences dans des parcours de carrière plus flexibles sont analysées. Le niveau macro fournit ainsi les conditions-cadres systémiques d’une CLF réussie.
  • Le niveau méso concerne le niveau institutionnel et organisationnel pour une gestion des compétences intégrant tous les lieux de formation. La connectivité concerne les structures et conditions organisationnelles des environnements d’apprentissage dans les lieux de formation pour un développement intégré des compétences.
  • Le niveau micro enfin est le niveau où agissent les personnes qui travaillent dans les lieux de formation et réalisent la coopération. Il porte sur la collaboration des acteurs dans la formation professionnelle. La connectivité de la CLF concerne l’intensité de la coopération entre les acteurs de la formation professionnelle.

Les différents niveaux se conditionnent mutuellement. En raison d’une interconnexion technologique accrue, on peut actuellement constater notamment au niveau méso de nombreux développements pour un développement des compétences intégrant tous les lieux de formation.

Exemples de bonnes pratiques d’une CLF réussie

Nous esquissons ci-après des résultats sélectionnés de l’étude de bonnes pratiques selon le cadre structurel des niveaux macro, méso et micro :

Niveau macro : conditions-cadres systémiques

a) Intensité de la jonction entre le système de l’emploi et le système éducatif : études Delphi et analyse de données en temps réel

À l’échelle nationale, les enquêtes Delphi par exemple fournissent des approches utiles pour anticiper les évolutions sur le marché du travail et les qualifications demandées. La méthode Delphi implique à cet effet un vaste éventail de spécialistes, diverses consultation structurées et un retour d’information sur les résultats, afin de déterminer les tendances à venir. En outre, le recours aux Data Analytics des données en temps réel constitue l’une des applications les plus intéressantes (et les plus disruptives) d’informations sur le marché du travail. Cela permet d’analyser en temps réel des tendances au niveau des qualifications et métiers demandés par les employeurs ainsi que les lacunes de qualification à venir, et de soutenir ainsi l’orientation professionnelle, le recrutement et la gestion des talents. Une jonction intense entre le système de l’emploi et le système éducatif constitue une condition-cadre importante pour une coopération réussie entre les lieux de formation.

b) Développement plus personnalisé des compétences : coopération plus intense avec le niveau de formation en amont

Si les jeunes en formation présentent des lacunes de compétences, c’est souvent que le système scolaire manque de mesures de promotion intégratives et personnalisées. Les entreprises sont donc souvent contraintes de procéder ultérieurement à une qualification complémentaire correspondante. Afin de créer de meilleures conditions pour une CLF, le niveau de formation en amont peut également apporter un soutien. Le canton de Berne a élaboré une liste de compétences dans les disciplines allemand et mathématiques pour un grand nombre de métiers. Les jeunes doivent avoir la possibilité de se préparer aux compétences requises pour l’apprentissage professionnel de leur choix au moyen d’exercices modèles. Cette mesure vise à promouvoir les jeunes en fonction de leurs forces et de leurs faiblesses. Ceci devrait rendre la dernière année scolaire plus attrayante pour tous, et améliorer la transition de l’école à l’apprentissage. Ces mesures de promotion pourraient en outre être développées sur le plan numérique, par exemple sous forme de systèmes adaptatifs d’apprentissage et de test, qui pourraient ensuite également être mis à la disposition des écoles professionnelles comme instruments de promotion personnalisée.

Niveau méso : agencement d’un développement des compétences intégrant tous les lieux de formation

Pour l’agencement d’un développement des compétences intégrant tous les lieux de formation, de nombreuses bonnes pratiques ont pu être trouvées et analysées :

  1. des modèles d’organisation scolaire visant à déterminer conjointement avec les lieux de formation en entreprise le calendrier et la structure de déroulement de la formation ;
  2. des approches méthodologiques et didactiques pour la CLF (bases de la didactique situationnelle, modèles d’instruction axés sur le transfert, projets ou tâches d’exploration coopératifs) ;
  3. médias ou instruments numériques pour la CLF ; ils constituent le domaine le plus vaste dans l’ensemble du rapport. L’emploi de vidéos (par exemple démonstration de situations de travail réelles, réflexion sur des sources d’erreur fréquentes) et de portfolios électroniques (comme par exemple la plateforme d‘apprentissage Realto) est particulièrement répandu, de même que le recours à des systèmes de simulation, à la réalité augmentée (RA) et à la réalité virtuelle (RV), comme nous l’exposons brièvement ci-après ;
  4. des espaces et infrastructures physiques pour la CLF (par exemple des plateformes d’apprentissage utilisées conjointement) ayant le potentiel de renforcer la connectivité entre les lieux de formation.

Nous esquissons ci-après des exemples sélectionnés de bonnes pratiques.

Simulations pratiques pour renforcer la connectivité « School-Workplace »

Dans la formation du personnel infirmier, on a souvent recours à des simulations pratiques. Le lieu de travail est reproduit à l’école, dans le but de préparer les futurs spécialistes dans un environnement protégé à faire des expériences réelles ; les erreurs deviennent des possibilités d’apprendre, le contexte peut être modifié par l’enseignant ou l’enseignante. Un logiciel de simulation peut ici apporter une aide, par exemple avec des visualisations 3D, telles que proposées par la plateforme d’anatomie 3D d’Anatomage.

Pour l’auscultation du cœur, la personne procédant à l’examen porte des lunettes RA, tandis que la patiente porte deux repères sur les épaules afin que l’appareil puisse détecter la position.

La réalité augmentée (RA) et la réalité virtuelle (RV) également offrent de nouvelles possibilités pour une connectivité accrue de l’entreprise et de l’école. L’application de la RA entend aider à transférer directement dans la pratique des contenus théoriques, par exemple des disciplines anatomie, physiologie et pathologie. Pour l’auscultation du cœur, la personne procédant à l’examen porte des lunettes RA, tandis que la patiente porte deux repères sur les épaules afin que l’appareil puisse détecter la position. Diverses parties du corps (côtes, cœur avec légendes et images sonographiques et radiographiques) sont projetées sur la cage thoracique (projet Care Train, démonstration live à partir de la 25e minute). Un autre exemple intéressant est la chambre de patient virtuelle, conçue sous forme de jeu. Dans un cas d’exemple, les jeunes doivent en l’espace de cinq minutes trouver dix erreurs concernant la sécurité du patient et du travail. Le contrôle a ensuite également lieu sous forme virtuelle.

Niveau micro : intensité de la coopération entre les acteurs de la formation professionnelle

Les résultats de l’étude font ressortir de nombreuses bonnes pratiques dans les niveaux d’intensité

  • coordination dans le sens d’une information,
  • coopération au sein de structures existantes, et
  • construction conjointe de nouvelles structures.

C’est au premier niveau que l’on trouve le plus grand nombre d’exemples. On peut citer comme bonnes pratiques la communication par le biais de systèmes de réunion (par exemple MS Teams, Zoom), permettant un échange plus agile des divers acteurs. Selon beaucoup d’expertes et experts interrogés, les expériences favorables faites pendant la pandémie devraient être maintenues. D’autres bonnes pratiques qui se sont développées sont des manifestations hybrides qui permettent à certaines personnes de participer en ligne à des événements en présentiel, ce qui réduit les temps et coûts de déplacement et accroît la flexibilité.

Aux niveaux d’intensité plus élevés de la coopération, on trouve également des exemples couronnés de succès, même s’ils sont moins nombreux. Ainsi, pendant la période de la pandémie, les lieux de formation se sont entraidés davantage ; pendant que les établissements de l’hôtellerie-restauration étaient fermés, par exemple, les écoles professionnelles ont proposé des cours pratiques complémentaires. La mise en place durable d’initiatives de projet, de laboratoires d’ateliers ou d’autres installations susceptibles d’être utilisées pour des projets d’entreprise coopératifs semblent offrir à long terme une plateforme idéale pour une coopération continue des acteurs dans les différents lieux de formation.

Perspective « Modèles d’avenir d’une CLF assistée par l’IA »

Nous nous trouvons actuellement dans la troisième phase du projet, qui vise à développer des modèles d’avenir pour la CLF avec recours à l’IA (jalon 3). Des environnements d’apprentissage assistés par l’IA peuvent permettre une personnalisation accrue des processus de formation professionnelle. De la planification de la formation à l’enseignement, de l’encadrement des jeunes à la procédure de qualification, la formation peut être personnalisée en termes d’objectifs, de contenus, de méthodes, de médias et de ressources numériques et d’accompagnement de l’apprentissage. Un tel environnement d’apprentissage engloberait la totalité des contenus et informations pertinents des trois lieux de formation. Le rapport sur le jalon 3 sera finalisé fin septembre 2022.

Dans la quatrième et dernière phase enfin, les résultats seront consolidés et des recommandations d’action (jalon 4) pour la mise en œuvre seront formulées à la conclusion du projet le 31/03/2023. Ces recommandations contiendront des indications relatives à l’emploi des technologies numériques pour l’amélioration de la coopération entre les lieux de formation. Les résultats serviront par ailleurs à définir des aiguillages à poser pour le développement des conditions-cadres nécessaires (volumes de données disponibles pour la Data Science et l’intelligence artificielle) sur le plan de la politique de la formation également.

Vous trouverez des informations complémentaires sur le site du projet (en allemand).

Références

  • Aprea, C., Sappa, V. & Tenberg, R. (2020). Konnektivität und integrative Kompetenzentwicklung. Einleitung zum Themenheft. In: C. Aprea, V. Sappa & R. Tenberg (Hrsg.). Konnektivität und lernortintegrierte Kompetenzentwicklung in der Berufsbildung. Zeitschrift für Berufs- und Wirtschaftspädagogik (ZBW), Sonderheft, 29, 9-13.
  • Seufert, S. (2021). Zukunftsmodelle der Lernortkooperation. Ergebnisse einer Good Practice Studie. Studie im Auftrag des SBFI.
Citation

& Sabine Seufert, 2022: Comment les lieux de formation pourraient mieux coopérer: Conditions de réussite et résultats d'une étude de bonnes pratiques. Transfert, Formation professionnelle dans la recherche et la pratique (2/2022), SRFP, Société suisse pour la recherche appliquée en matière de formation professionnelle.

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